Le Quotidien
du festival

Mercredi 17 mars
Jeudi 18 mars
Vendredi 19 mars
Samedi 20 mars
Lundi 22 mars
Mardi 23 mars
Mercredi 24 mars
Jeudi 25 mars
Vendredi 26 mars
Samedi 27 mars

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LES BRÈVES


Larsadi !
Lars von Trier a dit dans le vœux de chasteté du Dogme 95 écrit à Copenhague le lundi 13 mars 1995 avec Thomas Vinterberg :
"Je jure comme réalisateur de m’abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une "œuvre", car je considère l’instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l’action. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques. Ainsi, je prononce mon VŒU DE CHASTETE."



Froggy et Charlie au pays des pommes de pin
de Jan Gissberg
(Le Melville, salle 2, 14h)
La fiche technique de ce film ne figurant pas dans le catalogue du festival, nous comblons le manque. Dessin animé suédois de 1992, 1h23, réalisé par Jan Gissberg."Comment Charlie Strap, le criquet et ses compagnons, Froggy la balle, Pierrot le perroquet et de Nico la boîte, vont déjouer un complot immobilier qui menace le sympathique peuple des Pommes de pin." Un dessin animé pour jeune public donc. En revanche, n’emmenez pas vos enfants voir Le big bang, allez-y tous seuls.

Le Grand Paysage
d’Alexis Droeven
de Jean-Jacques Andrien
(Le Melville, salle 1, 17h45)
"Andrien prend à Dreyer cette force tranquille qui permet de composer une image à la fois solide comme une charpente d’un clocher d’autrefois et fragile comme une fleur printanière" écrivait Freddy Buache, directeur de la Cinémathèque suisse, à la sortie du film dans "La Tribune de Lausanne". Elève à L'INASAS et assistant d'André Delvaux sur Un soir, un train, Andrien développe dès ses débuts un style romanesque, intérieur, brut et concis, fortement marqué par la tradition
picturale de la région de Verviers, à quelques pas de la frontière flamande. Différents linguistiques, modernisation de la société, crise du monde agricole forment un paysage mental dans lequel évolue le fils d'Alexis Droeven, à un moment décisif de son histoire : doit-il reprendre l'affaire familiale et inscrire son travail dans le continuité ou doit-il rompre avec ses racines et partir vers d'autres horizons ?

ENTRETIEN


«L'animation permet d'avoir une grande liberté»
Picha, réalisateur belge

"A Bruxelles, on me croit à New York, et à Paris, on me croit à Bruxelles !" Là, on en est sûrs, il est à Rouen puisqu'il a répondu à nos questions ! Réponses atypiques, comme lui…

Quotidien : Parlez-nous de vos débuts dans
le dessin de presse…


Picha : J'ai débuté en Belgique à 19 ans
en faisant des dessins satiriques pour "Pan", sorte de "Canard enchaîné" belge. Je suis venu ensuite en France travailler pour le “Hara-kiri” de la première époque grâce à Roland Topor. Puis en 1968, j'ai décidé de partir pour New York, avec quelques dessins en poche, et j'ai alors intégré "Times Magazine" et le "New York times", tout en continuant à travailler pour des journaux satiriques belges. J'étais à la fois dans la presse radicale et l'establishment !
J'ai aussi collaboré au magazine "National Lampoon", cette "école d'humour" dont sont sortis Bill Murray, Dan Aykroyd, John Belushi, John Landis, Ivan Reitman etc. C'était assez curieux de côtoyer des gens qui ont révolutionné l'humour à Hollywood. Et quand j'ai
réalisé Tarzoon, la honte de la jungle, j'ai demandé à certains d'entre eux de prêter leur voix à certains des personnages. Dans le site de Bill Murray, il note "La première fois que j'ai fait une prestation au cinéma, c'était pour un dessin animé européen." ! Il a aussi doublé le dragon qui crache du feu dans Le chaînon manquant, mais il a fait ça gratos parce que son agent ne voulait pas qu'il figure au générique du film, étant passé entre temps dans une autre catégorie…

Q : Comment êtes-vous passé du dessin de presse au dessin animé ?

P : ça c'est passé au festival du film expérimental de Knokke-le-Zoote ! J'ai simplement dit à un ami producteur qu'il y avait un manque dans le dessin animé pour adultes et qu'il y aurait quelque chose à faire… Et c'est tout. Quelques mois plus tard, il me téléphone et me dit qu'un producteur français est
intéressé par l'idée et qu'il faut que je trouve de toute urgence un sujet! 24 h après, je lui donnait un vague synopsis de Tarzoon, la
honte de la jungle, et on a réalisé un pilote de 15 minutes. Il a ensuite été projeté à Cannes en avant-première d'un film appelé Cul !
Ca a fait un tabac et on a trouvé facilement des financements pour produire le film complet. J'ai alors fait un scénario dans l'urgence et 14 mois plus tard, le film sortait !

Q : Pourquoi selon vous existe-t-il peu de longs-métrages d'animation pour adultes ?

P : Les producteurs de longs-métrages de
fiction sont très mal à l'aise avec l'animation, et ceux du dessin animé font des films pour enfants, à quelques exceptions près. Mais je n'ai jamais eu l'impression de faire des dessins animés. Je fais de films, c'est tout. En fait, l'animation ne m'intéresse pas vraiment, mais je trouve que c'est un langage assez pratique qui permet d'avoir une certaine liberté. Et puis j'aime le côté satirique que l'on peut tirer de cette technique.

Q : … et on peut peut-être parler plus
facilement de sexe ?

P : Dans mes films, le sexe n'est pas plus présent que dans d'autres. C'est parce que je fais des dessins animés qu'on voit du sexe partout. Dans les films en images réelles, il y a plus de cul que l'on croit… Remarquez, dans Tarzoon, il y en a pas mal ! Mais c'était le propos du film : burlesque, satirique et provocateur.

Q : Un autre point commun entre vos films,
ce sont les étendues vierges qui servent de décors à des personnages déjantés.

P : Ca, j'aime beaucoup ! Effectivement,
j'adore les grands espaces, les lieux originels, parce qu'on y voit mieux les hommes que dans les villes où ils sont noyés. Dans Le big bang, il y a une ville, mais elle finit par être détruite !

Q : Si on vous l'avait demandé, lequel de vos trois longs-métrages auriez-vous choisi pour la sélection belge ?

P : Franchement, j'aurais eu du mal… A la limite, je ne suis satisfait d'aucun d'entre eux, même si je suis content d'un certain nombre de choses… Ce qui est fait est fait, et je le laisse derrière moi. C'est comme ça. Mais j'aimerais bien me débarrasser de cette habitude…

Propos recueillis par Laurent Mathieu


LA VIE AU FESTIVAL


Des quoi ?
Des centaine de projetions à assurer, plusieurs dizaines de milliers de spectateurs à accueillir et à encadrer… - Tout ça grâce à qui ?
- Bah aux organisateurs du Festival pardi !
- Oui évidemment, c’est vrai, mais encore ?
- … Je vois pas… les partenaires, les sponsors ?
- Heureusement, mais c’est pas tout…
- La brasserie Paul ?… Jean-Pierre Melville ?… Le Dalaï-Lama ?… Je ne sais pas moi, le destin, le hasard, Bernard Ménez ?
- Tu vois pas ?
- Non.
- Bon. Alors c’est qui, là, les jeunes filles
derrière la borne d’accueil ?
- Ah oui, des intérimaires !… C’est ça ?
- Non.
- Des intermittents d’Agnès Jaoui ?
- Non ! Des bé-né-vo-les !
- Parce qu’ils font ça pour les beaux yeux du Festival ?
- Et oui, dans ce méchant monde où chacun
ne pense qu’à s’en mettre plein le cornet…
- Ils font ça pour rien !?
- Y’en a qui disent que c’est pour aller voir des films à l’œil, pour l’ambiance, pour le C.V…
Et le pire c’est qu’ils travaillent vraiment. Chauffeurs, caissiers, hôtesses d’accueil, barman… Il y a là toute une petite communauté, jeune, fraîche et dispose, qui s’active en coulisse. Parfois, y s’marrent bien, parfois non. Y sont plutôt sympa ces gens, non ?
- Et celui-là, c’est un bé-né-vo-le aussi ?
- Non, c’est Cédric, le régisseur du Festival… mais il est sympa quand même !



Ils se croisent…
- Qui ça ?
- Jan Erik Olst (Norsk Film Institute) s’en va et Stine Oppegaard (Norvegian Film Institute) s’en vient, avec Kjell Billing (Norsk Film Archive)
- Et Antoine Quitard (Consul D’Islande)?
- Il est encore là. Et les membres du jury ?
- Christian Clères (écrivain-scénariste) est là depuis le début et voit de nombreux films.
Et Marie Bunel (comédienne) et Bourlem Guerdjou (réalisateur) viennent d'arriver, rejoints par Jean-Henri Roger (réalisateur), et visionnent leurs premiers films en sélection officielle.
- Ah, d’accord…

?

Aujourd’hui, 24 mars,
c’est la Sainte Catherine de Suède !
A ne pas confondre avec l’autre Catherine, celle qui a du mal à trouver mâle, celle à qui on met la honte puis le cafard le 25 novembre.
La Catherine d’aujourd’hui, c’est la deuxième fille de Sainte Brigitte de Suède qui accompagna sa mère à Rome après la mort de son mari en 1350. Passionnant non ?
Sinon, Jules Verne est mort le 24 mars 1905
et Steeve Mac Queen est né le 24 mars 1930…
Entre autres…

SELECTION OFFICIELLE


Tombé du ciel
de Gunnar Vikene

Reidar se documente frénétiquement sur l’espace, le big-bang, les cataclysmes stellaires... Il engrange les informations car il craint le pire : une monumentale météorite ne se consumant pas en entrant dans l’atmosphère et détruisant l’espèce humaine après avoir percuté la terre ! Reidar est monomaniaque. Maniaco-dépressif plus exactement, comme tous les compagnons d’errance qu’il côtoie à l’hôpital psychiatrique… Plus doux rêveurs que véritables psychopathes dangereux, ils ne sont plus que quatre à arpenter les couloirs froids et les salles communes, en cette veille de Noël. Accompagnant Reidar, sa voisine de chambre, Juni, ne supporte pas le contact
physique et réagit violemment dès qu’elle sent une présence malvenue (elle casse régulièrement le nez de celui qui l’approche de trop près !), et deux psychotiques qui se chamaillent sans arrêt, détendant l’atmosphère à leur insu. Une ambiance qui contraste fortement avec celle d’un dehors plutôt voué aux réjouissances de fin d’année, aux dons de cadeaux et à la construction de bonshommes de neige. Un extérieur que judicieusement Gunnar Vikene ne nous montre jamais, faisant de son film un anti-La vie est belle. Même contexte, même désir d’affirmer que tout le monde a sa place dans la société, mais contrairement au chef d’œuvre de Capra, Tombé du ciel ne recours jamais à la compassion, à la culpabilisation, centrant son propos sur les personnages et leur relation à l’espace. Quand Reidar regarde dans le ciel, ce n’est pas pour vérifier que le Père Noël sera bien au rendez-vous dans la nuit du 24 au 25, c’est pour tenter d’éviter la fin du Monde ! Il ne prie pas : il jette une balle de tennis contre les murs en se disant que si elle traverse le mur, l’univers sera sauvé…
Peu à peu, cet îlot autonome qu'est l'hôpital qui accueille le quotidien de ce cercle réduit des derniers résistants au bonheur, à l’écart de la vie des gens "normaux", se met à accueillir Johannes, le médecin qui ne se résout pas à laisser seuls ses "patients", puis Thomas, un chauffeur de taxi malheureux dans ses paris au tiercé et son créancier, puis un jeune homme d’origine birmane recherché par la police… L'hôpital alors devient le lieu de toutes les rencontres, de toutes les révélations, de toutes les thérapies…
Avec un humour ravageur construit par le montage, les dialogues et les situations, et servi sur un plateau par des comédiens
exceptionnels, le film de Gunnar Vikene est la bouffée d'air pur de la sélection officielle.

Laurent Mathieu

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