Le journal du Festival
Quelques extraits du Quotidien 2005,
diffusé sur papier
M-Real dans tous les lieux du festival

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Panorama nordique
Regard sur le cinéma flamand
Objectif Flandre
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C’est aux films flamands cette année de représenter la Belgique au Festival. Du premier film fauché aux grandes fresques historiques réalisées par des auteurs confirmés, la sélection - huit films au total – offre un aperçu de la production flamande de ces trois dernières décennies. Mais d’abord un peu d’histoire…

Depuis que la Belgique et les Pays-Bas sont venus grossir les rangs du Nord, les festivaliers ont eu l’occasion, au fil des sélections, de s’initier au cinéma flamand de fiction. Ainsi André Delvaux (FCN 2002), bien que francophone, a-t-il tourné des films flamands : L’homme au crâne rasé (1966), déclinant dans la mouvance du "réalisme magique" les étranges visions d’un homme interné, ou encore Femme entre chiens et loups (1979) avec Marie-Christine Barrault et Rutger Hauer, portrait de femme sous l’Occupation. Fons Rademakers (FCN2000), bien que néerlandais, réalisa en coproduction avec la Belgique, l’un des plus grands succès commerciaux flamands : Mira (1970), fresque des années 20 dans lequel un village bordant l’Escaut, en butte au progrès, s’insurge contre la construction d’un pont. Enfin en 2003, lors de la sélection Littérature et cinéma, pouvions-nous voir deux films d’un authentique flamand, Harry Kümel, l’un des cinéaste marquants de cette cinématographie : Eline Vere (1991), peinture de la haute société de La Haye au XIXe siècle et surtout Malpertuis (1972) avec Orson Welles, Susan Hampshire, Mathieu Carrière, Michel Bouquet et Jean Pierre Cassel, film fantastique inclassable où, dans l’étrange maison du gargantuesque Cassave, se mêlent de façon inextricable mythe et réalité, passé et présent… et tourné en anglais et français, au grand dam de la communauté flamande qui l’avait financé ! Mais un film flamand se doit-il nécessairement de parler flamand, d’employer des acteurs flamands, de traiter des sujets propres à l’histoire et à la société flamande ? C’est un problème contre lequel ce cinéma, souvent subventionné, se heurte régulièrement : comment se revendiquer d’un particularisme culturel sans pour autant s’y laisser enfermer ? Mais d’abord : à quand remonte le cinéma flamand ?
S’il compte, entre deux guerres, quelques succès populaires, comme en témoigne le premier De Witte (Filasse, 1934) de Jan Vanderheyden, tourné en partie à Berlin par faute de moyens techniques, le cinéma flamand reste cantonné dans le registre de la farce plus ou moins grasse. Il lui faut attendre 1955, avec Les mouettes meurent au port de Roland Verhavert, Rik Kuypers et Ivo Michiels, dernières heures de cavale d’un mari assassin, pour acquérir ses premières lettres de noblesse. Le film, financé par des industriels, est sélectionné à Cannes et Georges Sadoul parle alors dans Les Lettres Françaises d'un "sens particulier du fantastique social qui pourrait plaire à Mac Orlan . Une poésie originale monte des grands immeubles modernes, des terrains vagues, du billard électrique et d'une machine à disques nickelée dans un bar où des jeunes gens dansent le be-bop". La création d’une commission régionale d’aide au cinéma à partir de 1964 - équivalent de notre CNC -, va ensuite doter le cinéma d’une véritable structure économique. De tous jeunes cinéastes sont incités à puiser dans le vaste patrimoine littéraire - le plus souvent des récits du terroir - de la Flandre. C’est dans ce contexte que Roland Verhavert réalise son second film et qu’apparaissent Harry Kümel, Paul Collet et Pierre Drouot. Roland Verhavert s’inspire de romans folkloriques, cherchant à redonner vie à l’ge d’or flamand, Kümel puise son inspiration dans l’étrange et le fantastique - MonsieurHawarden (1967), portrait d’une femme travestie en homme, Les lèvres rouges (1971), avec Delphine Seyrig, singulière histoire de vampire. Collet et Drouot quant à eux s’essayent au genre érotique et défrayent la chronique en 1969 avec leur Etreinte. L’écrivain Hugo Claus passe lui aussi à la réalisation, sans grand succès, puis signe quantité de scénarios. Malgré quelques réussites comme le second De Witte (1980) de Robbe de Hert, l’espoir de donner naissance à un cinéma flamand qui soit à la fois populaire et ambitieux, se perd au cours des années 70 dans des productions académiques et régionalistes. Puis c’est l’avènement de Brussels by Night en 1983. Le film, sorte de version punk des Mouettes meurent au port, révèle au public une nouvelle génération de cinéastes, pétris de cinéma et de musique américaine, comme Wenders à la même époque. Ils s’appellent Marc Didden, Dominique Deruddere, Stijn Coninx… C’est à cette génération principalement que le Festival rend hommage cette année.
À suivre…

Pascal Sennequier

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