2009 : REMBRANDT 2009
2009 : REMBRANDT 2009



Rembrandt / Rembrandt
de Alexandre Korda (1936, Grande-Bretagne)

Rembrandt, peintre de l’homme / Rembrandt, painter of man
de Bert Haanstra (1956, Pays-bas)

Rembrandt fecit 1669 / Rembrandt fecit 1669
de Jos Stelling (1977, Pays-bas)

La ronde de nuit
de Gabriel Axel (1978, France)

Rembrandt dessinateur
de Kees van Langeraad (1985, Pays-bas)

Rembrandt / Rembrandt
de Charles Matton (1999, France, Pays-bas)

La ronde de nuit / Nightwatching
de Peter Greenaway (2007, Grande-Bretagne, Pays-bas, Pologne, Canada)

Rembrandt’s j’accuse / Rembrandt’s j’accuse
de Peter Greenaway (2008, Pays-bas, Allemagne, Finlande)


D’ UN REMBRANDT L'AUTRE…
Un peintre néerlandais au cinéma

Quand on regarde les tableaux de Rembrandt, avec sa technique extrêmement maîtrisée, son sens de la mise en scène dramatique et la disposition de la lumière, l’on est guère surpris par la fascination qu’il a exercée sur les cinéastes, et ceci dès l’époque du muet.
La vision de Rembrandt et des autres peintres néerlandais du XVII° siècle a connu des changements avec le temps et les adaptations cinématographiques reflètent ces variations. Pendant très longtemps, on a considéré que la peinture néerlandaise du Siècle d’Or était en quelque sorte un phénomène unique, à cause du supposé réalisme – voire du prosaïsme – des sujets et des teintes souvent sombres des tableaux.

Or, on estime aujourd’hui que le supposé réalisme d’un Jan Steen est en fait un moralisme. Quand on a nettoyé les tableaux, souvent couverts d’épaisses couches de vernis, on a découvert qu’ils n’étaient nullement marrons mais plein de couleur. Rembrandt, élève de Pieter Lastman, représentant de l’Ecole d’Utrecht qui peint « à la manière italienne » en suivant des maîtres tels que le Caravage, a connu lui aussi une réinterprétation fondamentale et est « devenu » un peintre quasiment baroque, en phase avec ses contemporains européens, de Rubens à La Tour.

Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve cette idée chez Peter Greenaway, né au Pays de Galles mais habitant aujourd’hui à Amsterdam, car il est à l’origine peintre et passionné par le monde baroque du XVII° siècle. Dans La Ronde de Nuit, Rembrandt est un personnage théâtral dans un environnement théâtral, loin de toute tentation de réalisme. Bref, du baroque pur sang.

La version de la vie de Rembrandt (1999) due au réalisateur-peintre-photographe Charles Matton partage cette théâtralité. Pour Matton comme pour les autres cinéastes qui ont porté le peintre à l’écran, il y a encore une autre motivation : sa vie tumultueuse et tragique. Il est le prototype du génie incompris, voire détesté par ses contemporains, un Van Gogh avant la lettre. C’est surtout Alexandre Korda qui joue pleinement sur ce registre dans son adaptation de 1936, avec un magnifique Charles Laughton qui incarne totalement le personnage du peintre.

Jos Stelling n’échappe pas non plus à cette image romantique mais le véritable intérêt de ce film est ailleurs. Son Rembrandt Fecit 1669 de 1977, est peut-être le meilleur hommage qu’un cinéaste amoureux de l’image puisse faire à ce peintre. Ce qui frappe ici, contrairement aux films très bruyants, voire bavards, de Greenaway et Matton, c’est l’absence de la parole ; choix assez approprié pour un film sur un homme qui n’a presque jamais écrit sur son propre art.

Bert Haanstra donne dans son Rembrandt Peintre de l’homme de 1958 en quelques 15 minutes un aperçu éblouissant de l’œuvre de l’artiste. Le commentaire du film interprète les tableaux du maître à travers sa vie, un procédé aujourd’hui assez discutable mais typique de l’époque. La séquence finale, où Haanstra fait défiler tous les autoportraits de Rembrandt en 1 minute 30, apparaît comme un véritable tour de force.
Mais peut-être le meilleur film sur le peintre – en tout cas le plus didactique - est le documentaire de Kees van Langeraad, Rembrandt Dessinateur (1988). Van Langeraad nous raconte sobrement sa vie et son œuvre, en évitant toute interprétation romantique ou autrement abusive. Il explique avec force détails pourquoi Rembrandt fut un dessinateur hors pair et comment il faisait ses tableaux, étape par étape. Pour ceux qui veulent découvrir le génie du peintre, ce film est un must.


Harry Bos
Institut Néerlandais
Remerciements : Christophe de Voogd


FROM ONE REMBRANDT TO ANOTHER…
A Dutch painter on screen

Watching Rembrandt's pictures, his mastering of technique, his sense of drama and light's lay out, it comes as no surprise that filmmakers, right from the silent era, have been fascinated by him.
The way Rembrandt and other 17th century Dutch painters are perceived has changed with time and film adaptations have reflected these variations. Dutch painting of the Golden Age has for a very long time been considered a kind of unique phenomenon, largely based on the supposed realism - or even mundaneness - of the subjects and the dark shades of the pictures.

It is now thought that Jan Steen's so-called realism is in fact a strong moralism. And when at long last the paintings, often covered with thick layers of varnish, were cleaned, it was discovered that they were not brown at all but very colourful. Rembrandt was a student of Pieter Lastman, a representative of Utrecht's school that paints in the "Italian way", following masters like Caravaggio. His work too has gone through a fundamental reinterpretation and Rembrandt has become an almost baroque painter, in line with his European contemporaries from Rubens to La Tour.

This point of view can be found in Peter Greenaway's film. And this by no mean accidental, as Greenaway, born in Wales but now living in Amsterdam, is originally a painter fascinated by 17th century baroque. In his Nightwatching, Rembrandt is a stage character acting in theatre surroundings, far from realism. In short, pure baroque.

The version of Rembrandt's life by director-painter-photographer Charles Matton in 1999 shares that theatrical aspect. For Matton as for other filmmakers there is another incentive: Rembrandt's tumultuous and tragic life. He is the archetypal misinterpreted genius, indeed abhorred by his contemporaries, a Van Gogh before his time. It is mainly Alexandre Korda who insists on that side in his 1936 adaptation starring a wonderful Charles Laughton that personifies the painter flawlessly.

Jos Stelling does not break away from this romantic vision but the real interest of his film is elsewhere. His Rembrandt fecit 1669 from 1977 may well be the best tribute a filmmaker in love with pictures can pay to this painter. What strikes us here, contrary to Greenaway's and Matton's almost too voluble films, is the absence of speech. A rather appropriate choice for a film about a man who almost never wrote about his art.
Bert Haanstra, in his Rembrandt painter of man (1958), gives in just 15 minutes a dazzling insight into the artist's work. The voice over interpreting the master's paintings through his life is questionable today but typical of the time. The final scene when Haanstra displays all of Rembrandt's self-portraits in one and a half minute is a real feat of strength.

The most didactical film is Kees van Langeraad's documentary, Rembrandt Draughtsman (1988). Van Langeraad plainly tells us about the painter's life and work, avoiding all interpretations, romantic or otherwise. He explains step by step with great accuracy why Rembrandt was an extraordinary draughtsman and how he was painting his pictures. For those wanting to discover the genius of the painter, this film is a must.